Qu’en était-il des vieux serments ? Le Pigeon se sentait très sot : « J’ai étranglé tous les serpents Mis par Junon dans mon berceau ! Et l’Hydre, je l’ai étêtée Pour obéir à l’Euristée ! » * Un pauvre pigeon tout lépreux, Sans fut alors l’espoir éteint « Mais où sont rendus tous les preux ? Mon âme et mon coeur sont chagrins ». Lors, le Pigeon s’enfuit des lieux, Sans au revoir et sans adieu, Abandonnant Maître Morpion Qui ne mêlait pas Roi et pions. * * Dans ce moment extrême et vain De solitude où Pigeon doute De la vertu de l’être humain, Il se prit à rêver, sans doute. Très peu adepte de la croix, N’admirant point le Crucifié, Il se voyait mal, pacifié, Lynché menu, que je te broie ! « Je vais me plaindre à Lavaucrâ Il me défendra lui, pour sûr... » Malheur ! Lavaucrâ plaide au poids : « - C’est tant du dossier d’ouverture. » La queue en berne et l’âme éteinte, Pigeon fauché s’en fut, pitié ! Rêver d’un monde ou l’amitié Serait en or et non succincte. Pendant ce temps dans le prétoire Le Lavaucrâ en livrée noire, Moi je vous dis ce que je crois, Fait sa tirade à tire d’ailes « Cro-â, cro-â, cro-â-cro-â ! » Plaidant la cause à ses bretelles. * Plus tard encor, à la criée, Pigeon croisa Monseigneur Thon. Pas un morceau, pas un quartier, Un thon entier, thon de saison. Vêtu de la plus belle serge, Quel beau poisson, là, qui émerge ! Ce génie a beaucoup de dons ! N’est-ce point un cherche-poison ? Hachant menu tout le néant Qui habite un esprit géant, Sinécure de la hardiesse Il a fait de sa haine Arès. Le Thon n’est point comme la Carpe. Il est bavard en ses épîtres. Ce musicastre de la harpe Traite alors le Pigeon de pitre. Beau Thon est un poisson de luxe. Et son cervelet patenté Abonde en « eurêka, fiat lux ! ». De douter, il n’est pas tenté. Mais Pigeon n’est pas âne à son : « Or ça ! monsieur le beau poisson, Sinistre donneur de leçons, Je ne mords plus à l’hameçon ! » « Si tu veux me donner du pitre, Je conclurai donc ce chapitre En te chambrant : toi, riche Thon, Tu n’es point la moitié d’un çon ! » Intermède des taupins rotant de blancs ruts. - « Dites, Monsieur, mais ce taupin Vise au moins à Polytechnique ? » - « Hélas non, c’est là qu’est la nique. Il tourne en rond, le turlupin ». - « Vous êtes révolutionnaire », Lui dit un psychiatre flatteur, - « Oui, oui ». Cela fait le bonheur De notre taupin débonnaire, Agitateur de stratégies Qui jamais ne rugit, mais gît En nébuleuses « tacquetiques » À désarçonner des moustiques.
page 43Une jolie brunette éprise de tendresse pour le petit pigeonneau jeunot, ce çon de Robert Pioche