le monde merveilleux des légendes comme succédané...
un esprit, c'est l'homme qui a vu la femme qui a vu l'âne qui a vu l'âme
les pensées sont la Vérité même
EN RÉSUMÉ Dans le monde inversé : La croyance en la matérialité invisible et en la force agissante d'esprits, dans le spiritisme et la voyance est un avatar de la croyance en un Esprit suprême et unique : Dieu. Dans cette conception monothéiste, Dieu est Esprit. C'est la seule réalité ; invisible, tangible et agissante. La matière n'est donc qu'illusion. Fumée, voile de brume, fantasmagorie. Et le monde entier n'est qu'un immense Esprit sans corps. Le Verbe s'est fait chair en l'Esprit-même, si bien que la pensée est la matérialisation de la Vérité en l'Esprit. La Vérité en sort ainsi sacrée et consacrée de toute éternité. Le Sacré relève de la foi (dogmes, croyances, doctrines). Cette dernière étant l'Esprit de l'Esprit. Dieu est un médiateur entre l'homme corporel et l'Esprit flottant et immanant. Dieu est la manifestation de l'Esprit. La foi peut y acquérir force de lois. Les Lois de l'Esprit. La théocratie le gagne. Tout y est normé. Dieu est l'Esprit. L'Esprit est Dieu. Le totalitarisme en est sa forme ultime, ou pour tout dire, unique. À l'inverse : Dans la conception païenne et polythéiste, les dieux sont la conceptualisation des diverses manifestations de la matière, et le sacré relève des sens, des sensations, des sentiments, de l'action, de la praxis. Les mythes et les rites ne sont pas uniques, uniformes, obligatoires, mais multiples et changeants comme la réalité de la nature elle-même. Il n'y a pas d'intercesseurs entre la Nature et l'Homme, entre l'homme et l'homme au sein de la culture. Les dieux sont des manifestations de la Nature. Or la nature n'est ni bonne ni mauvaise. Tout y est relatif, syncrétique, multiforme, changeant, sécant, tolérant.
les pensées sont l'esprit des choses
la croyance en des esprits
le Sacré ne se manifeste pas aux Sens mais à la Foi qui est l'Esprit de l'Esprit
RÉPONSE À :
le verbe s'est fait chair
d'où : la matière comme illusion, l'esprit comme seule réalité, mais comme réalité à peine tangible, fantômatique
As-tu déjà vu un Esprit ? — Moi? non, mais ma grand-mère en a vu. — C'est comme moi : je n'en ai jamais vu, mais ma grand-mère en avait qui lui couraient sans cesse dans les jambes ; et, par respect pour le témoignage de nos grands-mères, nous croyons à l'existence des esprits. Mais n'avions-nous pas aussi des grands-pères, et ne haussaient-ils pas les épaules chaque fois que nos grands-mères entamaient leurs histoires de revenants? Hélas! oui, c'étaient des incrédules et ils ont fait grand tort à notre bonne religion, tous ces philosophes ! Nous le verrons bien par la suite ! Qu'y a-t-il au fond de cette foi profonde dans les revenants, sinon la foi dans l'existence d'êtres spirituels en général ? Et la seconde ne serait-elle pas déplorablement ébranlée, s'il était établi que tout homme qui pense doit hausser les épaules devant la première? Les Romantiques, sentant combien l'abandon de la croyance aux esprits ou revenants compromettrait la croyance en Dieu même, s'efforcèrent de conjurer cette conséquence fâcheuse; dans ce but, non seulement ils ressuscitèrent le monde merveilleux des légendes, mais ils finirent par exploiter le « monde supérieur » avec leurs somnambules, leurs voyantes, etc. Les bons croyants et les Pères de l'Église ne soupçonnaient guère que, la croyance aux revenants s'effondrant, c’était le sol même qui se dérobait sous la Religion, désormais flottante et sans appui. Celui qui ne croit plus à aucun revenant n’a qu’à être conséquent avec lui-même pour que son incrédulité le conduise à s'apercevoir qu'il ne se cache derrière les choses aucun être à part, aucun revenant, ou (pour employer un mot dont on a naïvement fait un synonyme de ce dernier) — aucun Esprit. « Mais il existe des Esprits! » Contemple le monde qui t'entoure, et dis-moi si derrière toute chose ne t'apparaît pas un Esprit. La fleur, l'humble fleur te dit l'Esprit du Créateur qui en fit une petite merveille ; les étoiles proclame l'Esprit qui ordonne leur cours ; un Esprit de sublimité plane au sommet des monts ; l'Esprit de la mélancolie et du désir murmure sous les eaux ; — et dans les hommes parlent des millions d'Esprits. Que les montagnes s'affaissent, que le monde des étoiles tombe en poussière, que les fleurs se flétrissent et que meurent les hommes, que survit-il à la ruine de ces corps visibles? L'Esprit, invisible, éternel ! Oui, tout dans ce monde est hanté! Que dis-je? Ce monde lui-même est hanté ; masque décevant, il est la forme errante d'un Esprit, il est un fantôme. Qu'est-ce qu'un fantôme, sinon un corps apparent, mais un Esprit réel ? Tel est le monde, « vain », « nul », illusoire apparence sans autre réalité que l'Esprit, dont il est l'enveloppe visible. Regarde : ici, là, de toutes parts t’entoure un monde de fantômes ; tu es assiégé sans cesse de visions, d’ « apparitions ». Tout ce qui se montre à toi n'est que le reflet de l'Esprit qui l'habite, une apparition spectrale ; le monde entier n'est qu'une fantasmagorie derrière la quelle s’agite l’Esprit. Tu « vois des Esprits ». Vas-tu peut-être le comparer aux Anciens, qui voyaient : partout des dieux ? Les dieux, mon cher Moderne, ne sont pas des Esprits; les dieux ne réduisent pas le monde à n'être qu'une apparence et ne le spiritualisent pas. À tes yeux, le monde entier est spiritualisé ; il est devenu un énigmatique fantôme; aussi ne songes-tu même plus à t'étonner de ne trouver en toi qu'un fantôme. Ton Esprit ne hante-t-il pas ton corps et n'est-il pas, lui, le vrai, le réel, tandis que ton corps n'est qu'une « apparence », quelque chose de périssable et « sans valeur »? Ne sommes-nous point tous des spectres, de pauvres êtres tourmentés qui attendent la « délivrance »? Ne sommes-nous pas des « Esprits »? Depuis que l'Esprit a paru dans le monde, depuis que « le Verbe s'est fait chair », ce monde spiritualisé et livré aux enchantements n'est plus qu'une maison hantée. Tu as un esprit, car tu as des pensées. Mais que sont ces pensées? — Des êtres spirituels. — Elles ne sont donc point des choses ? — Non, mais l'Esprit des choses, ce qu'il y a en elles de plus intime, de plus essentiel, leur idée. — Ce que tu penses n'est donc pas simplement ta pensée ? — Au contraire, c'est ce qu'il y a de plus réel, de proprement vrai dans le monde : c'est la vérité même; quand je pense juste, je pense la vérité. Je puis me tromper au sujet de la vérité, je puis la méconnaître ; mais lorsque ma connaissance est véridique, c'est la vérité qui en est l'objet. — Aspires-tu donc à connaître la vérité ? — La Vérité m'est sacrée. Il peut arriver que je trouve une vérité imparfaite et que je doive la remplacer par une meilleure, mais je ne puis supprimer la Vérité. Je crois à la Vérité et c'est pourquoi je la recherche ; rien ne la dépasse, elle est éternelle. La vérité est sacrée et éternelle ! Mais toi, qui t'emplis de cette sainteté et en fais ton guide, tu seras toi-même sanctifié. Le Sacré ne se manifeste jamais à tes sens, ce n'est jamais comme être matériel que tu en découvres la trace ; il ne se révèle qu'à ta foi, ou plus exactement à ton Esprit, car il est lui-même quelque chose de spirituel, un Esprit ; il est Esprit pour l'Esprit. MAX STIRNER L'UNIQUE ET SA PROPRIÉTÉ 1845
(les dieux païens ne sont pas des esprits, mais l'expression des différentes manifestations de la matière)
la Vérité est sacrée et éternelle
COMME DIRAIT L'UN DE MES RARES AMIS : ET BIEN MOI J'AFFIRME : SUM MONSTRUM, en latin dans le texte : S U M « je suis », sensible dans tous mes goûts et dégoûts, MONSTRUM « ce qui n’apparaîtra qu’une seule fois ».
"Les metteurs en scène du spectacle dominant ont besoin que je sois un monstre d’une nature complètement différente du monstre que je suis réellement."
...et finalement, le monde entier comme Esprit
...et finalement la croyance en l'Esprit supérieur et suprême : Dieu
page 5