Pourquoi je perds mon temps à vous écrire, en style châtié et sous bonne plume : il est hors de question que j'écrive ? Quelques amis de Baba Sobol, qui sont devenus aussi mes amis, ont particulièrement contribué à cette élucidation. L’un d’eux, revenu de bien des combats, et particulièrement cher à mon coeur parce qu’il a connu l’ultragauche et le mouvement ouvrier, avait pris le soin de m’écrire une courte analyse de la situation telle qu’il la voyait. De plus, il avait écrit à mon épouse, qui y a été très sensible, et reconnaissante. Il percevait de ma part une dérive activiste (pour ne pas dire « délirante » ) et me donnait des conseils très judicieux. Je le dis sans ironie. Des conseils vraiment judicieux. Par ailleurs il avait évoqué naguère ses multiples contacts avec des libraires et des bouquinistes. Il est chineur, et amoureux de littérature. Il me trouvait un certain talent littéraire, et me conseillait d’écrire… N’ai-je pas rencontré bien du monde, fait bien des choses, eu toutes sortes d’expériences ? Mon épouse trouvait le conseil judicieux, au lieu de « toute cette agitation où je me dévalorisais ». Seulement voilà, je pense de la littérature, et des écrits vains , la même chose que Debord, à l’époque de la création de Baba Sobol. Pour être très bref : nous pensions qu’elle est souvent une fuite, un évitement, un alibi, une échappatoire. La littérature est l’opium des intellectuels ! Je crois bien qu’il existe dans l’un des 12 numéros de l’I[nstitution] S[acrée] une citation de Debord où il évoque la fonction contre-révolutionnaire de la littérature plus grande que celle de la couronne d’Angleterre (à vous de la trouver, si ça vous intéresse vraiment). De toute façon là n’est pas la question. Je n’ai absolument rien à dire à une humanité assez conne pour se précipiter pour la troisième fois dans une guerre mondiale complètement stupide alors que les mécanismes qui y conduisent sont en place, mais qu’au surplus, ils ont déjà été parfaitement décryptés depuis belle lurette dans un ensemble de livres qu’on trouve sans difficulté sur le marché, dont ceux de Chomsky parmi d’autres. Alors pourquoi écrire pour une humanité qui, si elle survit à la guerre, n’aura plus rien d’humain, (ou de Divin, c’est selon). J e restais donc pour l’essentiel en désaccord avec cet ami, puisque je restais absolument convaincu qu’il n’y avait rien de plus urgent et de plus exaltant que de continuer à chercher le truc pour que la guerre de Troie n’ait pas lieu ! Mais au moins disait-il sans faux-fuyant le fond de sa pensée, et tout « délirant » que je sois, j’étais capable de comprendre que si telle était la pensée des plus proches, la stratégie de Baba Sobol devait en tenir compte. Il n’est donc pas impossible que les temps soient venus où le récit de quelques portions de ma vie pourrait être utile, pour faire exploser les certitudes d’un certain nombre de personnes. Les metteurs en scène du spectacle dominant ont besoin que je sois un monstre d’une nature complètement différente du monstre que je suis réellement. Le dévoilement de la vérité vérifiable, et donc de leurs mensonges vérifiables à mon égard, est de nature à perturber leur flibuste. Par exemple le dévoilement de l’entièreté de mes relations avec (censurés jusqu’à ce que les temps soient venus). Mais, dans ce cas, ce ne serait justement pas de la littérature. Ce serait de la « théorie dans la mêlée » qui devient un pouvoir matériel pour aller au-delà du spectacle. Il ne manquait à la lettre de cet ami que… le seul médicament qui m’aurait calmé suffisamment pour me permettre d’écrire un peu. Le médicament efficace, miraculeux : — « Donne m’en un paquet de tes cartons, et je les distribuerai ! » Il y a dix mille manières de les distribuer n’importe où. Sur les trente mille qui sont dans la nature [...] j’en ai distribué 20.000 à moi tout seul! Pourquoi ne pas en avoir donné un à chacun des libraires qu’il fréquentait ? à chacun des bouquinistes ? — « Vous avez vu ce qu’il y avait dans ma boîte ce matin ? — « Vous avez vu ce qui se distribue à la Fontaine des Innocents?» Ou que sais-je encore ? Un autre ami, lui aussi passionné de littérature, érudit, partage la même analyse et ne voit guère de possibilité que les choses soient autres que ce qu’elles sont. Il ne me cache pas qu’il ne croit absolument pas en l’efficacité pratique de ce que fait Baba Sobol ! Cela ne l’a pas empêché de participer à plusieurs [actions] parfaitement réussies, et d’y prendre plaisir. Si je devais résumer son point de vue : « Les hommes sont des veaux ! Y-a rien à y faire. Mais si tu décides d’y aller, je t’accompagne ! Pour l’honneur ». Pour ma part, je sais aussi que les hommes sont des veaux, des zombies, des télévisionnaires, mais je croix (sic) qu’ils peuvent être historiquement contraints de se réveiller (ou de disparaître), et révéler alors des capacités insoupçonnables (Ils les cachent bien. J’en conviens). C’est notre désaccord. Mais le comportement de cet ami m’a beaucoup aidé à réfléchir et à déconstruire mon «délire délirant » pour trouver de meilleurs moyens de le réaliser.
Troisième guerre mondiale ou chute finale ? Depuis trois décennies environ, il appert que le monde des hommes subit une régression mentale fabuleuse. Le développement technique et des sciences ne saurait masquer la régression sociale, culturelle et artistique de l’humanité présente. Fait patent. Perte de tout jugement sain et raisonnable. De l’esprit de solidarité. De la notion d’amour et du don de soi. De la notion même de vie en société. Ou de la simple camaraderie gratuite et désintéressée, non monnayable. Égoïsme, individualisme forcené et faux hédonisme. Haine manipulée ou hors saison. Paresse de l’esprit, de la pensée, de l’esprit créatif. Le sens moral et de l’honneur, le don d’émerveillement, de compassion, de rébellion, la politique (politis = gérer la cité), l’économie, la religion même sont toutes et tous, moribonds ou tombés dans des errements antédiluviens. L’homme a perdu tout sens du sacré. Il est donc tombé en deçà des civilisations qui ont produit les merveilleux artistes des peintures préhistoriques. En un temps si rude, où les êtres humains se faisaient pourtant – ou heureusement – rares sur notre Terre. Mais tant peintres, sculpteurs, musiciens sans doute, poètes, questionneurs d’abîmes et de cieux. En deçà des dresseurs de mégalithes, des constructeurs de pyramides, des éleveurs de cathédrales. La technique peut tout ou presque, mais ne produit que du partiellement utile aux hommes et plus souvent ne fait que véhiculer du vulgaire, du toc et de la laideur. Elle abrutit l’homme et le rend propre à rien. L’homme n’a jamais été aussi nu, solitaire et démuni au milieu de ses machines. Et plus encore nu dans sa tête, nu de l’intérieur. Le petit-bourgeois Prud’homme a colonisé la Terre en compagnie de quelques peuplades maffieuses qui ont la prétention insensée à cette heure, de régenter, de régner, de diriger intégralement la plèbe, d’en faire de véritables esclaves décérébrés ; eux-mêmes vivant en des enclaves, en des ghettos réservés. Notre temps est celui d’un retour à des moeurs pré-révolutionnaires (je veux parler de la révolution bourgeoise de 1789). S’il leur était possible, ils commanderaient même au Soleil, ces crétins, de se lever deux fois par jour, pour doubler les rythmes de production. Production de quoi donc, au juste ? Là est le vrai mystère de l’argent, du profit, de la carambouille, de l’usure, du Veau d’Or portant tant décrié en un certain livre saint. Ils commanderaient aussi à la Mort, l’accordant bien volontiers à certains, se la refusant à eux-mêmes les élus, les prédestinés. L’argent roi. Des êtres faibles, zombiesques et souvent heureux de leur sort, toujours plus dépossédés de tout (terre, savoir, savoir-faire, part de décision, etc). Une communication, la propagande à sens unique. Une séparation achevée. Une médiatisation en extension exponentielle. En un mot «la société du spectacle» généralisée au monde entier, ou presque. Le déclin en marche accélérée. La décadence. Et pour tout parachever, le monde des nantis mis en spectacle, la culture lettrée et populaire ravalées au rang d’une sous-culture abêtissante. Un amuse-la-galerie du niveau Point de Vue-Images du Monde. Du « beau monde ».
GLOSES MARGINALES
D'UN PRÉJUGÉ UTILITARISTE
Autant le Chomsky non-conformiste, critique économique, politique et social, nous semble intéressant, sensé et sympathique, autant le Chomsky linguiste qui défend une conception globalisante de l'apprentissage du langage, en une unique grammaire générative universelle, naturelle et innée, dont lui Chomsky détiendrait les clés, nous semble linguistiquement fausse et totalitaire, au même titre que divers "-ismes" comme le marxisme, le freudisme ou le structuralisme dans leurs débordements sans partage. Un comble pour un libertaire.
NOTE PRÉLIMINAIRE Le texte qui suit est extrait d'un BILAN d'une certaine personne d'une certaine notoriété, cité sur plus d'un site Internet et dans plus d'un livre concernant l'histoire contemporaine de notre beau pays la France, présent également sur Wikipédia, la prétendue "encyclopédie libre" écrite "en toute liberté et toute convivialité" par tout un chacun, encyclopédie qui, à mon goût, est le summum du conformisme, de la désinformation et du mensonge (ou de l'erreur, y compris dans des domaines comme l'archéologie, l'histoire des religions, la linguistique, etc.). Y lire les engueulades entre internautes pour couper, ajouter, modifier les textes. C'est du gratiné, du bas, de l'ordure parfois ; de l'ordre de la politicaillerie. Et de la censure à l'encontre des mal pensant. Or l'auteur du texte qui suit relève d'un domaine particulièrement sensible, si bien qu'il y est dépeint, loi du nombre - conformiste et perroquet par nature - oblige, d'une manière absolument caricature et imbécile. Pour ne pas dire plus ; haineuse et effrontément mensongère. Autant j'ai de l'estime, avec leurs qualités et leurs défauts, pour les auteurs de tous bords, connus ou anonymes de la grande Encyclopédie du XVIIIème siècle, celle de Diderot, d'Alembert, de Jaucourt (la cheville ouvrière qui a permis que l'oeuvre s'achevât), ou encore Rousseau (Voltaire a fui aux premiers ennuis policiers), autant je ne prends qu'avec "d'infinis pincettes", si je puis dire, les informations de cette encyclopédie internautique dite "libre" (Oh ! Georges Blair, quel nez, quel flair!) qui est aussi nuisible, conformiste, d'esprit étroit et décadent que... par exemple, l'Encyclopédie Universalis (Beurk!). Ce qui n'est pas peu dire. Je pourrais également parler, à l'autre extrémité (par rapport à l'Encyclopédie Wikipédia ou Universalis), de l'Encyclopédie des Nuisances, malheureusement, il y a belle "heurette" que ses auteurs sont muets. Certes, ils rompent leur mutisme en commettant de temps à autre, des ouvrages à diffusion confidentielle, sur l'avenir de la France, du Mouvement Social, l'état de délabrement du Monde et la médiocrité de la Pensée contemporaine. D'un texte comportant un nombre conséquent de pages, j'extrais un passage qui nous explique pourquoi l'auteur ne veut pas écrire, n'a rien à dire au monde, mais consentira peut-être à illustrer son propos futur d'éléments de son histoire personnelle, alors même qu'il illustre déjà présentement d'exemples de sa vie, et en mains endroits, son Bilan de vie et de santé mentale. Le titre est de moi. Ainsi que quelques rares et courtes coupures. Les éléments entre crochets [ ] sont également de moi. J'ai substitué à un nom connu, un autre moins parlant. Mais qui voudra chercher, trouvera. JPF.
Benjamin Péret Le paysan breton, en disant devant une giboulée que le «diable bat sa femme»*, témoigne que cette conception du monde [comme agissant sur la destinée de l'homme] ne lui est pas tout à fait étrangère et qu'il sait encore voir la nature d'un oeil poétique. Encore ! car la société barbare qui fait vivre (vivre ?) l'immense majorité des hommes de boîtes de conserve et les conserve dans des boîtes, logements de la dimension d'un cercueil, tarifant le soleil et la mer, cherche à les ramener aussi intellectuellement à une époque immémoriale, antérieure à la reconnaissance de la poésie. Je pense à l'existence de damnés que cette société impose aux ouvriers (...) Pour ces hommes la poésie perd fatalement toute signification. Il ne leur reste plus guère que le langage. Leurs maîtres ne le leur ont pas ôté, ils ont trop besoin qu'ils le conservent. Du moins l'ont-ils émasculé pour le priver de toute velléité d´évocation poétique, le réduisant au langage dégénéré du «doit» et de l'«avoir». (...) Le merveilleux, je le répète, est partout, de tous les temps, de tous les instants. C'est, ce devrait être la vie même, à condition cependant de ne pas rendre cette vie délibérément sordide comme s'y ingénie cette société avec son école, sa religion, ses tribunaux, ses guerres, ses occupations et libérations, ses camps de concentration et son horrible misère matérielle et intellectuelle. La Parole est à Péret 1943 * ou que le bon dieu roule ses barriques, lors d'un orage
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