PAGE 53 retour à l'accueilLÉVITATION AUX VOYAGES Vous êtes le Phoenix, Messire, À l'orée de ces bois blafards, Et du musée Grévin la cire En dégueulis ringards : le Phare. Honte de rien, piteux médiocre, Infatué de haine abjecte, Ali menteur d'un pissat d'ocre Que Media au vulgaire injecte. Bonimenteur de bas étage À la foire au spectacle indigne, Maintenant le peuple en otage Par des quincailleries insignes. * Tel au vieux temps de Pharaon Où l’on châtrait les étrillés, Ou tel au temps de Mac Mahon v Bello aime les vits triés. Et des jours bénis des colons, En dégoisant sur leurs vertus, Il régurgite du colon Le Prédestin élu qui tue. Beau comme un gringo qui hulule Lorsque un vieux con sur les vits serre, Brenard en rit quand les vits brûlent vi Près du Veau d'Or où tout s'insère. PANIER DE CRABES Dansons la zigounette, ô hé ! vii Au beau pays des incrédules, Papa Trébor Ivanhoé A annexé les Majuscules. L’Aigle en son aire est Jean sans Terre, L’amour est denrée oubliée, Tandis que Cœur de Lion se terre, Laissant Richard en supplicié. Sur la grand scène des déboires, Chacun tirant à hue, à dia, S’il y a du manger ou du boire, Rien n’est donné à qui mendia. * Car c’est bien là, contradiction : Faux incroyants mais sans légions, Ils sont tous chefs, malédiction ! Chacun défend sa religion. Ah ! qui encore est vrai rebelle, A compassion et âme en or ? Puisqu’à trop fouiller les poubelles, Plus d’un y a perdu le nord. Oui, l’addition est douloureuse, La monomanie affligeante. La mécréance est amoureuse D’un monde où Géants diligentent. REGRETS Le Silence est le grand patron Des Géants et des Mécréants Tous acoquinés aux morpions Des Assis et des bienséants. viii Maspérisant, devenus sobres, ix Les plus radicaux des sujets Sont tombés bien bas dans l’opprobre Vide, in situ, et sans projet. Le Commun, ignorant fidèle Du pouvoir du Mensonge en grand, Ne saurait imaginer d’ailes À l’angelot, ni Ciel hongrant. * Débitant sa Vertu Unique Le bel Élu de l'Ineffable A son pendant, jugé Inique, Tout aussi vit que lièvre en fable. Lorsque untel avive la Mort, Tel autre attise la non-vie Vers les contrées où le shah dort. Ô Zoroastre, ton avis ?! « Au denier du culte exigé, Le Malheureux, mangé aux mites, Se voue aux seuls saints obligés, Et aux Géants, on le limite. » DERNIER BAN Tous les paumés du Désespoir, Les pauvres hères de la Vie, Tous les beaux gueux de la Mémoire, N’auront jamais cerveau ravi. Cerveau volé par des mendiants À l’or en poche et monopole, Dégoulinant d’argent, fientant Bassesse au cœur des mégapoles. Cerveau charmé par des brigands Ennemi du Beau et du Vrai, Des hagards et des intrigants Poussant toujours des cris d’effraies. x * Sur mer, un concert de mouettes, En singeant les maîtres chanteurs, A jeté aux requins la bouette xi D’un Bonheur fait de Cieux menteurs. Crottés, béats, vannés, rompus, Les affranchis, les affligés, N’oublient jamais tous les repus, En réveillant les plus figés. Tous les paumés du Désespoir, Ont les regrets des Âges d’or Et un paysage de Moires xii Au creux des yeux où gît le Dor. xiii * ENVOI au Prince des poètes Si l’Esprit a perdu Raison, Si la vie n’est rien que rancœur, Imposons notre Déraison, Insufflons la vraie Vie aux Cœurs ! Nantes, le 23 février 2010. i« Mau », de « mal », préfixe ancien et péjoratif ;vis : ancien mot pour visage. iiForme ancienne, moyenâgeuse de « comme » ; on trouve également« keume » iii« El » : l’une des graphies moyenâgeuse de l’actuelle« elle ». ivNom du Créateur dans la bible samaritaine. vSpécialiste des assassinats légaux, de Kabyles et de Communards entre autres viBreneux. viiDanse sacrée des mécréants patentés, sorte de culte vaudou où l’on brûle« en Iphigénie », la diablesse en farces et attrapes dénommée« Zigounette la terreur des négateurs ». viiiCe mot résume l’essentiel de la pensée politique de Rimbaud, ce grand marcheuren campagne. Les Romantique et la Jeune France leur donnait nom« bourgeois ». ixDe (François Maspéro), éditeur gauchiste soixante-huitard, et même très tard,spécialisé dans l’édition tronquée, ou truquée des écrits dits subversifs.Terme inventé par les situationnistes. xC’est par erreur que l’on dit « pousser des cris d’orfraies »,expression apparue au XVIe siècle ; l’orfraie n’a pas un cri particulier ;il est plus exact de dire « pousser des cris d’effraie » ;l’effraie est un cousin de la chouette et du hibou (une chouette à aigrettes,touffes de plumes sur le sommet du crâne) hulotte chat-huant xiL’appât, terme de l’ouest de la France ; du breton « boued »,nourriture. xiiLes déités de la Destinée, du Destin. Clôthô la fileuse, Lachésis,l’enrouleuse, Atropos, la coupeuse de fil. xiiiLa nostalgie, le vague à l’âme, les regrets en roumain.