PAGE 52LES GRIMACIERS en divers tableaux allégoriques OU SATIRE SUR LA BETISE COURANTE Ce texte est dédié à Robert Pioche, diplodocus. PRÉLUDE Oyez barons et baronnets, Travestis des pensées nouvelles, Les bigorneaux, les Bonhomet, Les vieux tonneaux et les douvelles. En belle époque où les auteurs Avaient encor des noms françois, La satire ourlait les fauteurs De mort, sans aiguillette en soie. De bon aloi, Bonne Colère Était toujours source de Vie. Les déclinants ou les austères, Les maufaisants avaient mau vis . i * Au rendez-vous des écrevisses, Génisses et génies sont rois. J’ai connu (autrefois !) les vices Des préposés en désarroi. Ce fut autant au temps – délice ! Des anarchos de bon aloi Que des cagoulards fleur de lys, Ou crapouillots amants des lois. Amants bien sûr des lois iniques Ou des lois de divine croix, Celle à qui font toujours la nique, Les enfants du Bon Dieu Croâ. ZIGOUNETTE La génisse blanche avait nom : Zigounette ; et elle était bête … (Normal pour un animal, non ?) Com ii chou, caillou, et comme un pou. Un jour – sublime lieu d’aisance ! L’Université a cité À son ordre de bienfaisance La Zigounette au bel époux. Elle adouba sans faculté La jeune vache aux yeux d’airain Dont le mari : Vrai Patenté, S’amusait de tout et des reins. Engrossée de Vérité Vraie, La vachette aux tétons à sec Ruminait, rejetant l’ivraie, Qui, chacun sait, fait les obsèques. Rôdant au paradis des riens, Elle accumulait le Néant Des bons, des bons, des bons à rien, Larbins de grotesques Géants. À semer des grains d’anathème Et corner si haut l’hallali On disait d’ el iii comme en poème : « Le Savoir entretient chienlit. » SÉMINAL Et il fut décidé, dès lors, Que chaque année que Yaya fait, iv On tiendrait colloque aux œufs d’or Sur la geste et dits des Mauvais. Ces derniers en négateurs nés, Prétendaient insérer le doute Au sein de l’Esprit Saint tourné Vers les adorations des Voûtes. Or, quand le Vrai fait apparoir Du maudroit detous les menteurs, Le Bon Droit se doit en paroir D’araser les fleurs sans mentors. * Ainsi, la chasse aux contempteurs De la Voûte ailée des corbeaux Fut ouverte et le Préempteur Du Vrai put trôner encor beau. La consigne était simplissime : Éliminons les mécréants, Les adorateurs des abîmes, Les non-sectateurs des Géants. Par les mots ou bien par les gestes, En bas résille ou bas nylon, Sacrée, médiatisons la Geste ; Et la Pensée, annihilons ! LA CHARRETTE AUX GÉNIES Ô ! le tombereau des censeurs Était sublime, était garni De liche-train et d’encenseurs Et de distingués racornis. La palette entière des Dieux Suffisait à peine à remplir Le tableau complet des odieux Crétins et des lâches vampires. La haine était de la plus vile Et les zanars de Hurlevent Dénonçaient à l’ordre civil Tout écart des inconvenants. * On vit aussi, dans le grotesque, Et oui, mon pauvre Bakounine ! Des athées admirant les fresques Des Géants, joindre leurs menines. On vit encor, jouant les dignes, Des adorateurs de poètes, Se porter eux-mêmes la guigne En censurant (ces bons esthètes) ! Et l’on vit enfin, rigolons ! Des libertaires de deux ronds Apposer leur silence au long Des écrits des derniers Hurons. *