QUELQUES EXTRAITS DES COPLAS DE DON JORGE MANRIQUE POR LA MUERTE DE SU PADRE Les courtes oeuvres de Jorge Manrique font partie des textes fondateurs de la poésie espagnole, maintes fois éditées et traduites ; Guy Debord s'y essaya * ; le résultat est honnête, mais à mon goût trop scolaire et pas assez poétique, traduit comme s'il s'agissait d'aphorismes de moraliste, or ces Coplas sont lyriques, on en a pour preuve le nombre de fois où, jusqu'à notre époque, ils ont été mis en musique. * Voir Jorge Manrique, Stances sur la mort de son père, traduit du castillan avec une note de présentation, édition bilingue Champ Libre, 1980 ; réédition Le Temps qu'il fait, 1996. Debord a également traduit, en 1988, de Federico García Lorca, le poème « La Mariée infidèle », cf. Trois arbres ils ont abattus, éditions William Blake & Co, repris in Oeuvres, coll. Quarto, Gallimard, 2006. Gallimard, après tout le mal qu'en pensait Debord !!! Vils héritiers, encore et toujours !!!
COUPLETS DE DOM JORGE MANRIQUE POUR LA MORT DE SON PÈRE I Souviens-toi l’âme endormie, avive la cervelle et pars en contemplant comment se passe la vie, comment s’en vient la mort tout en silence ; combien preste s’en va le plaisir, comment, de la sagesse naît la douleur ; comment il nous paraît que tout temps passé fut meilleur. III Nos vies sont les cours d’eau qui vont donner en la mer du mourir ; ici vont les seigneurs droits s’achevant, se consumant ; là-bas rus généreux, ici autres médians ou plus enfants et d’allégeance, ils sont égaux ceux qui vivent de leurs mains, et les riches. V Ce monde est le chemin vers un autre, violet sans poids ; il est plus accompli de tenir bon cap pour marcher cette journée sans errer. nous partons quand nous naissons, marchons tandis que nous vivons, et arrivons au temps que nous finissons ; si bien que, lorsque nous mourrons, nous reposons. VII S’il fut en notre pouvoir de faire belle chère corporelle, comment nous rendre l’âme aussi glorieuse, angélique ? quelle alerte diligence ! nous tournons chaque heure toute vive, en tissant la chétive, la dame décomposée nous laissant là ! IX Dites-moi : La beauté, la gentille fraîcheur et le teint du visage, la couleur et la blancheur, lorsque vient la vieillesse, ... lequel se pare ? L’adresse et la légèreté et la force corporelle de la jeunesse, tout tourne grave quand arrive le faubourg de sénilité.
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"je ne suis pas le monstre que vous croyez"RÉPONSE À "La littérature est l’opium des intellectuels !"
COPLAS DE DON JORGE MANRIQUE POR LA MUERTE DE SU PADRE I Recuerde el alma dormida, avive el seso e despierte contemplando cómo se passa la vida, cómo se viene la muerte tan callando; cuán presto se va el plazer, cómo, después de acordado, da dolor; cómo, a nuestro parescer, cualquiere tiempo passado fue mejor. III Nuestras vidas son los ríos que van a dar en la mar, qu'es el morir; allí van los señoríos derechos a se acabar e consumir; allí los ríos caudales, allí los otros medianos e más chicos, allegados, son iguales los que viven por sus manos e los ricos. V Este mundo es el camino para el otro, qu'es morada sin pesar; mas cumple tener buen tino para andar esta jornada sin errar. Partimos cuando nascemos, andamos mientra vivimos, e llegamos al tiempo que feneçemos; assí que cuando morimos, descansamos. VII Si fuesse en nuestro poder hazer la cara hermosa corporal, como podemos hazer el alma tan glorïosa angelical, ¡qué diligencia tan viva toviéramos toda hora e tan presta, en componer la cativa*, dexándonos la señora descompuesta! IX Dezidme: La hermosura, la gentil frescura y tez de la cara, la color e la blancura, cuando viene la vejez, ¿cuál se para? Las mañas e ligereza e la fuerça corporal de juventud, todo se torna graveza cuando llega el arrabal de senectud. la cativa : nom donné au territoire américain où Colomb exerça sa corégence.
Ici dans quelque temps des développements sur quelques "littérateurs" : AU PANTHÉON DES MISÈRES Étienne Dolet (1509-1546) Giordano Bruno (1548-1600) Théophile de Viau (1590-1626) Claude Le Petit (1638-1662) André Chénier (1762-1794) Sergueï Essenine (1895-1925) Vladimir Maïakovski (1893-1930) Federico García Lorca (1898-1936) Saint-Pol-Roux (1861-1940) Max Jacob (1876-1944) Armand Robin (1912-1961) Neftalí Ricardo Reyes Basoalto dit Pablo Neruda (1904-1973) & tant d'autres, ainsi que la myriade d'en-dehors et de suicidés pour l'Art totalement oubliés. Un "martyrologe" d'importance.